La loterie
Parler de la loterie, après avoir indiqué les dangers politiques auxquels peut exposer la multiplicité des affranchissemens, c'est presque annoncer le remède après avoir fait connaître le mal. L'esclave aujourd'hui n'amasse plus de pécule considérable. Chaque tirage lui enlève le peu de monnaie dont il recommence sans cesse le tas. Il joue sa liberté à la loterie. Le bonheur éclatant de quelques-uns cause le mal obscur de tous les autres. Si je gagnais à la loterie, j'irais en France, disent plusieurs Français qui végètent depuis longtemps à la Havane; et, par ce jeu déplorable, ils s'enfoncent dans une misère toujours plus profonde.
On cite le trait d'un nègre bosale qui, ayant gagné dix mille gourdes à la loterie, paya sa liberté et celle de quelques-uns de ses parents ou amis, esclaves comme lui, et retourna avec eux en Guinée. Certes voilà un homme que la loterie n'avait pas corrompu ! Pour se donner un air de l'autre monde à La Havane, il suffit de se permettre quelque sortie contre les illusions des joueurs. On aurait bien ri au nez de feu Mercier, s'il eût essayé ici quelqu'une de ses déclamations; il est vrai que le bonhomme était possédé lui-même de cette passion à un point qu'on ne peut croire, et l'on sait qu'il avait accepté ou demandé une place importante dans l'administration des loteries. Il avait aussi invectivé fortement contre les académies, et il est mort membre de l'institut. Je me permis un jour de lui faire là-dessus l'observation la plus légère qu'il me fut possible; il me répondit avec candeur que sa place à l'institut lui rapportait quinze cents francs outre les jetons. Que pouvait-on répondre à cela?
La loterie royale de l'île de Cuba fut érigée en l'année 1812. Il y a par an quatorze tirages dont un est extraordinaire. Le nombre des numéros est de vingt mille; celui des lots est de cent. Les deux numéros les plus voisins de ceux auxquels il est échu des lois considérables ont droit à une somme proportionnée à la quotité de ces lots. La cérémonie du tirage se fait avec beaucoup de pompe et de solennité. Les vingt mille numéros, inscrits sur autant de boules, sont roulés dans un grand globe creux; cent boules portant la somme des lots divers, sont roulées dans un autre globe ; et deux petits garçons tirent simultanément, celui-ci un numéro, celui- là une des cent boules sur lesquelles sont marqués les lots. Après dix extractions consécutives., on s'arrête, et la musique joue. Elle joue aussi, avec plus ou moins d'éclat lorsqu'on proclame la sortie d'un des lots les plus considérables. Dans les tirages ordinaires le gros lot est de vingt mille piastres.
dimanche 8 mars 2009
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